Trois questions à Mélusine Thiry

 

à l'occasion de la parution de son ouvrage Un Labyrinthe dans mon ventre (sept. 2015).

 

Depuis ses premières publications dont Si je grandis… (HongFei 2009), Mélusine Thiry ne cesse d’explorer l’intime et de nous inviter à découvrir nos propres émotions, à travers les mots et les images.

 

Dans votre dernier livre, vous vous appuyez sur la métaphore du labyrinthe et sur un symbolisme propre à l’art roman. Pourquoi ces choix ?

 

J’ai développé l’allégorie du labyrinthe pour parler des émotions parce que leur chemin est fait de mille détours, impasses, passages secrets à l'intérieur desquels il peut arriver qu’on se sente manquer de sens de l'orientation. Et j’ai situé ce labyrinthe dans le ventre souvent associé à des émotions négatives alors que la médecine le regarde parfois aujourd’hui comme « notre deuxième cerveau » : les composants qui s’y trouvent influant directement sur nos humeurs, et donc sur nos sentiments. Si ce cheminement n'exclut pas des sentiments troubles, l'aspect ludique du labyrinthe m'est rapidement apparu comme pouvant rappeler le régal des enfants à se perdre pour se retrouver, à se cacher pour réapparaître. Je ne doute d'ailleurs pas que les enfants s'empresseront de tracer un chemin dans les labyrinthes représentés dans les illustrations de mon livre pour s'assurer qu'ils aient une issue !

 

Quant à l'art roman, il s'est imposé comme référence lors de mes recherches vers le bas-relief alors que je m'emparais de la technique de la gravure sur plaques de lino. La naïveté́ apparente des formes y côtoie un imaginaire d'une richesse exceptionnelle et cette rencontre crée à mon sens une très grande poésie. Et puis l'animal y tient une place centrale et est porteur de symbole. Le mélange animal et genre humain y est toujours significatif d'une passion ou d'un sentiment. J’y ai trouvé un lien direct avec mon texte et un principe de cohérence pour le livre à naître. 

Par rapport au travail de papier découpé mis en lumière sur table lumineuse, pour lequel on vous connaissait plutôt jusqu’ici, quelle nouvelle expression la technique de la linogravure vous semble-t-elle permettre ? 

 

Les deux techniques ont en commun d'enlever de la matière pour révéler une forme. Je garde de ma technique du papier découpé mis en lumière le principe de la photographie sur table lumineuse. En traitant ainsi mes impressions en lino, je fais apparaître la trame du papier et la matière de l'encre qui s’y dépose. Par contre, la technique de la linogravure me permet d’une part d’explorer une nouvelle forme de trait à la fois souligné et contraint par l'incision de la gouge dans le lino et d'autre part d'entrer à l'intérieur des personnages, de les dessiner, alors que jusqu’ici je les représentais en silhouettes définies uniquement par leurs contours. Je fais ma mise en couleur sur ordinateur. Le nombre limités de couleurs renforce l’impression de gravure. Quant à mon choix des tons, il a été influencé par une certaine imagerie du début de XXe siècle et par ce que mon imaginaire a projeté de ce que pouvaient être les couleurs à l’époque de l’art roman dont je me suis inspirée. 

Vous intervenez tout à la fois dans le cadre de spectacles vivants (théâtre, danse), comme créatrice d'expositions et comme auteure-illustratrice de livres. Quel fil rouge guide vos recherches dans ces différents domaines ? Vous semble-t-il que chacun de ces supports induise un rapport particulier entre votre création et le public ?

 

Il y a deux points communs à ma pratique dans ces différents domaines : c'est, d'une part l'image qui je décline selon les outils utilisés. Passer du livre au théâtre, au film ou à l'objet, c'est passer de l'aplat au volume, de l'immobilité vers le mouvement, le tout en naviguant d'une échelle à une autre. D'autre part, il y a la lumière, qui reste centrale dans mes recherches et ma création, que j'utilise des papiers découpés, des tirages de linogravures, la photographie, la caméra ou que je fabrique des objets ; la lumière sert de support et/ou de révélateur à chaque image créée.

 

Mais il est vrai que chacune des formes évoquées induit un rapport différent du public à l'image que je crée. Le lecteur est, d'une certaine façon, appelé à devenir acteur dans la mesure où il choisit de tourner les pages, et ce en déterminant seul le rythme de son action, de sa lecture. L'image proposée dans un livre apparaît comme extérieure au lecteur qui choisira de s'en approcher comme il l'entend. Au contraire, dans le cadre d'une projection ou d'un tableau scénographique, l'image, plus grande et en mouvement, aura plutôt un effet enveloppant pour un spectateur invité à assister à une succession pré-définie d’images et à partager un rythme pré-existant.

Des extraits de ces questions-réponses ont été publiés dans

CuiCui !  la gazette des éditions HongFei Cultures (n° 6, sept. 2015).

 

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